Le jour et la nuit

25 septembre 2008

Mes 2 accouchements, comme mes 2 enfants, c’est le jour et la nuit. D’ailleurs le premier est né le jour, la deuxième, la nuit. Laissez-moi vous raconter la nuit.

Ma DPA était dépassée depuis plusieurs jours, je collectionnais les rendez-vous à la Maison de naissance et les trucs pour convaincre Cocotte de venir au monde. Heureusement, mes sage-femmes étaient super relax avec ça et me faisaient entièrement confiance. «C’est toi le meilleur juge de la santé de ton bébé. S’il bouge comme d’habitude, on continue à attendre.»

Les gens autour de moi étaient nerveux. Moi, une fois ma DPA passée, je suis devenue très calme… mais très intolérante! Mon instinct de nidification ne s’exprimait pas en ménage extrême mais en pas touche à ma bulle familiale extrême. Je ne voulais voir personne, parler à personne et refusait qu’on me prenne Fiston pour quelques jours. J’avais besoin de sentir ma famille unie et heureuse. J’avais l’impression que je n’accoucherais jamais sans cela!

Le lundi 24, j’avais rencontré K qui m’avait donné sa recette pour l’huile de ricin et avait pratiqué un décollement des membranes. Le mardi 25, je m’étais préparé un lait frappé pour accoucher qui m’avait donné davantage mal au coeur qu’autre chose. Le lendemain, à ma 42e semaine de grossesse, si je n’avais pas encore accouché j’aurais l’obligation d’aller à l’hôpital. Il n’en était juste pas question. Je me sentais en sursis.

La veille du fameux jour H, après le souper, j’avais proposé à l’Homme-Tuque d’aller marcher dans le bois derrière la maison. Il avait accepté pour me faire plaisir, les marches c’est pas trop son truc. Je n’ai pas eu à marcher longtemps avant d’avoir des contractions.

«Chéri, c’est peut-être ce soir qu’elle va arriver haha!» que je disais à l’Homme-Tuque. Marche, marche, plaisante. Il faisait beau, il faisait chaud, on essayait de se détendre. «Chéri, plus ça va, plus je pense que c’est vrai là, elle va arriver ce soir..!» Pas de montre, impossible de calculer la fréquence des contractions. On a quand même poursuivi notre promenade. «Chéri, ça n’arrête vraiment pas là, je pense qu’on devrait rentrer à la maison!» Et sur le chemin du retour… «Chéri, on marches-tu un peu plus vite?»

De retour à la maison, j’ai téléphoné à K pour l’avertir que c’était le bon soir.

K — À quelle fréquence sont tes contractions?
Moi — Je sais pas, je marchais, je n’avais pas de montre. Je vais prendre un bain, je vais calculer ça et je te rappelle.
K — Ok, à tantôt!

Je suis allée prendre un bain. Toujours des contractions. Je pensais que l’Homme allait venir voir comment j’allais et m’apporterait un cadran, quelque chose, pour que je calcule mes contractions. J’attendais. Il ne venait pas. Je l’ai appelé. Pas de réponse. Grrrrrrr! Ok, fuck le calcul, j’étais certaine que c’était le bon moment. J’ai essayée de sortir du bain… iiiiiiii pas facile..! J’ai appelé l’Homme encore… qui n’est pas venu. Câlissss! Heureusement, j’ai fini par m’extirper du bain sans me casser le cou.

Finalement, l’Homme est arrivé..!! «T’étais où câliss!?!» que je lui ai demandé. «Bin, en bas! J’avertissais la job que je serai pas disponible pour les prochains jours!» qu’il m’a répondu innocemment. Après quelques reproches bien sentis, tout s’est passé très rapidement: le téléphone à ma mère, les ordres lancés en vrac à l’Homme et les explications à Fiston. Les contractions étaient de plus en plus rapprochées et de plus en plus douloureuses alors je faisais vite. Nous avons pagé K mais c’est l’Homme qui lui a parlé car je n’arrivais déjà plus à tenir une conversation. Il était environ 20 heures.

Ma mère est arrivée. J’ai dû laisser passer une contraction avant d’aller ouvrir la porte. «Les couvertes sont là, servez-vous dans le frigo.» Et nous avons sauté dans la voiture.

Une heure de route que nous devions faire. Une heure. Je savais que l’Homme-Tuque roulait vraiment vite, mais je n’osais pas regarder le compteur. D’ailleurs je n’ouvrais même pas les yeux, j’étais déjà complètement dans ma bulle de travail. La seule phrase que j’ai prononcée de tout le voyage c’est «Ça me donne mal au coeur quand tu changes de vitesse.»

Nous sommes arrivés à la Maison de naissance vers 22 heures. Je suis sortie de la voiture, j’ai prit une pause contraction avant d’entrer, une pause contraction avant de gravir l’escalier et une pause contraction avant d’entrer dans ma chambre. Je me suis assise sur le lit et j’ai vu 4 belles filles, là, pour moi, juste pour moi, juste pour l’arrivée de mon bébé. Il y avait K et une stagiaire, J et une autre stagiaire. On s’est présenté, on a fait des blagues, on a rigolé. Ça n’a duré qu’un instant car Cocotte s’en venait et nous l’a bien rappelé. Chacune a reprit son rôle. K et moi avons échangé un peu. Je suis restée assise sur le lit, ça m’allait pour le moment.

L’ambiance s’est installée rapidement. Les contractions allaient bon train. J’étais détendue.

K voyant que ça allait trop bien, m’a proposée de me lever et de m’installer sur le banc de naissance. Assise et immobile sur le lit, les contractions passaient sans problème en respirant profondément. En me levant par contre, j’ai senti une grande pression vers le bas qui m’a sciée en deux. J’ai laissée échapper un cri. J’étais surprise par l’intensité de la douleur et j’ai eu du mal à marcher jusqu’au banc de naissance qui n’était pourtant qu’à 1 mètre devant moi.

Accroupie sur le banc de naissance, les contractions étaient alors très intenses. Je me berçais à l’aide d’un trapèze suspendu au plafond dans un état conscient et second tout à la fois.

Je ne sais trop quoi ajouter sur cette période de l’accouchement… C’était si introspectif… C’était comme méditer. Comme une transe. Il ne se passait rien et tout en même temps.

À un moment, je me souviens d’avoir manqué de courage. J’ai dit «Ça descend et j’aime pas ça» mais K m’a répondu «C’est ton bébé Joa qui s’en vient, c’est normal» et mon chum a ajouté «T’es belle ma femme.»

À ce moment, le travail achevait, mais je le savais pas encore.


  1. La Fêlée a dit le 25 septembre 2008 à 10:41

    Qui aurait cru qu’une remarque de l’Homme-Tuque me mettrais les larmes aux yeux ????

    Les récits de travail/accouchement qui sont empreints de sérénité comme celui-là sont tellements agréables à lire. Merci de l’avoir partagé !

  2. Chantal a dit le 25 septembre 2008 à 10:45

    Merci de partager ceci avec nous !

    C’est cependant ton chum qui m’a le plus touché dans ton récit.

    « T,es belle ma femme »… avouez qu’on est jalouse !

  3. Marie-Andrée a dit le 25 septembre 2008 à 19:27

    Quel beau récit. Ce soir, j’admets être un peu jalouse de toi à cause de ce que ton Homme t’a dit. Belle beauté ne pouvait venir au monde que dans une atmosphère aussi belle.

  4. Le jour et la nuit (Partie 2) at Joa sur la 9ième a dit le 26 septembre 2008 à 1:15

    [...] Tout a commencé ici. [...]

  5. Véro a dit le 26 septembre 2008 à 10:52

    Décidément, l’Homme-Tuque a la cote chez les blogueuses avec cette phrase qu’on aurait toutes aimé se faire murmurer à l’oreille dans un moment si opportun. Moi aussi j’ai bien versé une tite-larme…!

    Tu as une belle façon de raconter, j’en ai des frissons. Et pour la partie intense de l’accouchement que tu ne saurais décrire, tout ce que je peux dire, c’est que je « sais ».

  6. Joa a dit le 29 septembre 2008 à 8:49

    Yé pas jasant mon chum, mais il a quand même le sens du punch et du timing quand il veut!

    Véro ;)

  7. a dit le 2 octobre 2008 à 15:01

    Comme j’ai beaucoup de retard dans mes lectures, je lis ton récit aujourd’hui et je voulais te dire que je trouvais ta façon de le raconter tellement jolie. Et que dire des propos de l’Homme!

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